Lu pour vous – Paris/Sorbonne : Premier colloque mondial sur la responsabilité juridique de Wagner pour ses crimes : le Professeur Jean-François AKANDJI-KOMBÉ ouvre le bal

Pas de légende

Dans l’enceinte solennelle de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, au cœur de l’amphithéâtre historique dédié au philosophe Gaston Bachelard, s’est tenu ce 2 mars un colloque international d’une portée inédite. Pour la première fois au monde, universitaires, experts, responsables d’institutions nationales et internationales ainsi que représentants de la société civile se réunissent pour examiner une question brûlante : comment penser et engager la responsabilité juridique pour les crimes attribués au groupe Wagner et à ses entités affiliées ?

C’est le professeur Jean-François Akandji KOMBÉ, coordonnateur scientifique de la rencontre et membre de l’Institut de recherche en droit international et européen de la Sorbonne (IREDIES), qui a prononcé l’allocution inaugurale, marquant le ton d’une journée placée sous le signe de la rigueur scientifique et de l’exigence morale.

Un sujet qui « révolte la conscience de l’humanité »

Dès les premiers mots, le cadre a été posé : le thème abordé ne relève pas d’un simple débat académique. Il touche à des faits d’une gravité extrême. Les crimes du groupe Wagner – qu’il s’agisse d’exactions contre des populations civiles, de violations massives des droits humains ou d’atteintes au droit international humanitaire – constituent, pour reprendre l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’homme, des actes qui « révoltent la conscience de l’humanité ».

Or, la particularité du groupe Wagner, organisation militaire privée opérant dans plusieurs zones de conflit, réside précisément dans son architecture juridique et opérationnelle complexe, pensée – selon de nombreux analystes – pour brouiller les lignes de responsabilité et échapper aux mécanismes classiques d’imputabilité.

Le colloque entend donc répondre à une interrogation centrale : comment le droit peut-il saisir un acteur transnational nébuleux, changeant et hybride, évoluant entre sphères privée et étatique, conçu et organisé pour échapper autant que faire se peut pour déjouer les catégories ordinaires des droits nationaux et du droit international ?

Une démarche scientifique au service du droit… et des victimes

Pour le professeur AKANDJI-KOMBÉ, l’enjeu d’un tel colloque ne saurait être « purement intellectuel ». Car en amont des discussions théoriques et techniques sur la responsabilité internationale, la compétence des juridictions et autres mécanismes ou l’imputabilité des actes, il y a des réalités humaines : des victimes en République centrafricaine, au Mali, au Burkina Faso, en Ukraine, au Soudan, en Libye et dans d’autres contextes encore. Des victimes qui, selon les mots prononcés lors de l’ouverture, « souffrent dans leur chair » et placent leur espoir dans la protection du droit.

Ainsi, la finalité ultime de cette rencontre scientifique est claire : proposer des pistes concrètes pour restaurer le règne du droit et contribuer à cette justice, tant nationale qu’internationale, qu’attendent les victimes.

Comprendre pour juger : l’exigence méthodique

Pour pouvoir construire des voies et moyens efficaces de réponse au crime, encore faut-il comprendre précisément les processus qui y aboutissent. Le colloque s’est donc fixé un double objectif : Analyser l’organisation et le mode opératoire du groupe Wagner : structure interne, chaînes de commandement, relations avec des États, financement, modalités d’intervention sur les terrains de conflit. Explorer les outils juridiques mobilisables : droit pénal international, responsabilité des États, sanctions internationales, mécanismes régionaux de protection des droits humains, actions devant les juridictions nationales au titre de la compétence universelle.

La référence à Gaston Bachelard n’est pas anodine : elle renvoie à l’exigence d’une démarche scientifique rigoureuse, fondée sur la méthode, la critique et la construction raisonnée du savoir.

Une mobilisation internationale d’experts

Le colloque a réuni sous l’égide de l’IREDIES des spécialistes venus parfois « de loin, voire de très loin », comme l’a souligné le coordonnateur scientifique, au mépris du fait qu’ils s’exposent à des risques réels en prenant publiquement position sur ces questions sensibles.

Universitaires, praticiens du droit, experts de terrain et représentants d’organisations internationales ont accepté de partager leurs analyses et leurs expériences, faisant de cette journée un espace d’échange rare alliant théorie et pratique.

Un hommage appuyé a également été rendu : aux membres du comité d’organisation, à l’équipe administrative de l’IREDIES, aux étudiants du Master 2 africain de la Sorbonne, mobilisés pour l’accueil et l’accompagnement des participants, ainsi qu’aux professeurs et collègues ayant contribué à la préparation scientifique de l’événement.

Un moment fondateur ?

Au-delà de l’événement académique, cette rencontre pourrait constituer un jalon important dans la réflexion internationale sur la régulation des sociétés militaires privées et des acteurs armés non étatiques.

Dans un contexte mondial marqué par la multiplication des conflits asymétriques et l’externalisation croissante de fonctions militaires et de sécurité, la question posée à la Sorbonne dépasse le seul cas Wagner : le droit international est-il armé pour faire face aux nouvelles formes de violence organisée et méthodes de violation des droits humains ?

En déclarant officiellement ouvert le colloque international intitulé « Répondre aux crimes commis par le groupe Wagner : les défis de la responsabilité juridique », le professeur Jean-François AKANDJI-KOMBÉ a appelé à des travaux « fructueux et utiles », non seulement pour la doctrine juridique, mais surtout pour les victimes des violations des droits fondamentaux.

Dans l’amphithéâtre Bachelard, c’est donc plus qu’un débat académique qui s’est engagé : une réflexion collective sur la capacité du droit à demeurer un rempart face aux zones grises de la violence et du crime contemporains.

Une réflexion en même temps qu’une qui s’inscrivent dans le temps. Dans une publication rendant compte des travaux de ce colloque sur ses réseaux sociaux, le Professeur AKANDJI-KOMBÉ donne d’ailleurs rendez-vous pour « les prochains développements de l’initiative » car, ajoute-t-il, « le colloque de la Sorbonne n’est qu’un début »

SOURCE : Les Nouvelles de l'UEMOA