II - CONSULTATIONS CITOYENNES CENTRAFRICAINES - LE POURQUOI DE L'INITIATIVE

Consultations Citoyennes Centrafricaines - Une initiative du Rassemblement Unitaire Centrafricain

Notre pays, la République Centrafricaine, est aujourd'hui en faillite et dans l'impasse

2.1. La faillite est générale : elle touche à tous les domaines

2.1.1. Faillite de la Démocratie et de l’État de droit

Notre pays, la République Centrafricaine (RCA), est inscrit depuis de nombreuses années dans une trajectoire négative à propos de laquelle différentes forces vives du pays, dont le Rassemblement Unitaire, n’ont cessé de tirer l’alarme.

Les processus enclenchés ont conduit à la situation actuelle, caractérisée principalement par :

  • La capture de l’État et la captation du pouvoir centrafricain par des groupes prédateurs étrangers, au premier rang desquels le groupe Wagner devenu Africa Corps ;
  • La caporalisation de toutes les institutions de l’État (Assemblée nationale, Conseil constitutionnel, Autorité nationale des élections, pouvoir judiciaire, etc.) au profit d’un petit groupe et le retour au culte absolu de la personnalité ;
  • L’anéantissement du système multi-partisan et le retour, de fait, au parti unique, moyennant un dévoiement des procédures démocratiques : élections truquées, corruption et violence politiques généralisées ;
  • La suppression de toutes les libertés publiques et une répression féroce des leaders politiques et des citoyens, condamnés au silence, à la prison ou à l’exil, quand ce n’est pas à la disparition forcée et à la mort ;
  • L’application sélective et discriminatoire de la Loi, selon les caprices du Prince ;
  • L’installation, enfin, d’un pouvoir dictatorial à vie décomplexé.

Cet état des institutions et des droits et libertés a des répercutions dramatiques sur la population. Le fait est que celle-ci subit quotidiennement l’arbitraire et les exactions de toutes sortes, de la part aussi bien des institutions et autorités du pays que de la part des différentes milices paramilitaires qui les soutiennent, dont Wagner/Africa Corps : arrestations et détention arbitraires, torture, disparitions forcées, assassinats.

Outre cela des populations de Préfectures entières, notamment du Haut-Mbomou, du Mbomou, de la Vakaga, de la Haute Kotto, de la Ouaka sont régulièrement la cible d’attaques armées ordonnées par le pouvoir de Bangui, dans le cadre de ce qu’il faut bien nommer une guerre de représailles larvée contre les populations civiles.

2.1.2. Faillite économique et sociale

Le tableau de la situation économique et sociale de notre pays début 2026, selon les indicateurs de la Banque mondiale, témoigne aussi de cette faillite ; un taux d’endettement qui a explosé (65% du PIB), tandis que le pays reste parmi les derniers en termes d’indice humain de développement (191e sur 193 pays) ; 70% de la population vivant dans l’extrême pauvreté ; 1.100.000 centrafricains encore déplacés internes et réfugiés dans les pays voisins ; 90% de la population sans électricité ; à peine 3% de routes asphaltées, etc.

Derrière ces chiffres il y a une vie de misère de la population, même dans la capitale : sans eau potable, sans électricité, avec des salaires de misère et un chômage endémique, une hausse vertigineuse du prix des produits de base (nourriture et carburant par exemple) ; des services sociaux de base (hôpitaux, dispensaires, écoles, etc.) quasi inexistants.

La situation ainsi décrite est le résultat d’une absence manifeste de vision et de projet, mais aussi d’une gouvernance économique ayant pour seul principe la prédation au profit du pouvoir et de ses soutiens étrangers mafieux : détournements systématiques des deniers et biens publics ainsi que des financements internationaux, pillage à grande échelle des ressources du sol et du sous-sol...

2.1.3. Faillite de la politique extérieure

Sous un fallacieux prétexte souverainiste, le pouvoir de Bangui conduit depuis plus de 10 ans une politique extérieure sans vision ni boussole. Guidée prioritairement par son souci d’autoprotection par l'appât du gain financier, et placée par ailleurs sous l’emprise des parrains étrangers du régime (Wagner, Rwanda, Émirats arabes unis…), cette politique oscille entre instabilité générale, mendicité et agressivité à l’égard aussi bien des partenaires extérieurs, des institutions internationales que des pays voisins et frères.

Le résultat est que le monde entier n’a désormais confiance ni en notre parole, ni en notre signature, et encore moins en notre intégrité, pendant que notre pays est transformé, par l’action des soutiens étrangers du régime de Bangui, en base arrière de déstabilisation de nos voisins : la RDC, le Soudan, le Soudan du Sud, le Tchad.

Notre pays a ainsi quitté les principes capitaux de relations amicales et de coopération pacifique entre les Nations, ainsi que de fraternité et d’unité africaines.

Au total, notre République Centrafricaine d’aujourd’hui est un pays qui est non seulement à l’arrêt, mais en faillite et en crise sur tous les plans : social, économique et politique. Elle est une société plus que jamais divisée, où la misère règne, où sévit la violence à tous les niveaux contre les Centrafricains, et où ne prospèrent que des contre-valeurs. Pis encore, la République centrafricaine en tant que terre et en tant que pays n’appartient plus aux Centrafricains, n’est plus gouvernée par eux et n’est en rien guidée par leurs intérêts et leurs aspirations.

2.2. L’impasse est totale, résultat de la défiance multiforme du pouvoir à l’égard des Centrafricains

2.2.1. Les politiques de division des Centrafricains

Diviser pour mieux régner ! Tout a été mis en œuvre par le régime actuel pour diviser les Centrafricains. Les principaux instruments sont la stigmatisation et la diabolisation de quiconque ne partage pas les opinions des tenants du pouvoir ou se tient à l’écart du parti-État qu’est désormais le Mouvement Cœurs Unis (MCU). “Ennemi de la paix”, “ennemi du Peuple”, “agent de l’étranger”, “soutien de la CPC”, sont autant de qualifications que l’on retrouve dans les discours des gouvernants, et qui sont utilisées pour indexer d’honnêtes citoyens, les museler, les poursuivre et, à la fin, les condamner à l’exil ou à l’emprisonnement. Et ceci, pendant que les fossoyeurs des Centrafricains et du pays, des chefs et membres des groupes armés aux éléments du groupe Wagner sont considérés comme des “partenaires du gouvernement” ou “partenaires de la paix”, avec droit de siéger au Gouvernement, au Parlement et à la Présidence de la République.

La division a même été, via la prétendue Constitution d’août 2023, élevée au rang de principe structurant de notre État, avec l’invention de la notion de “Centrafricain d’origine” et les nouvelles dispositions relatives à la double nationalité. La pratique de ce texte montre qu’il y a aujourd’hui plusieurs catégories de Centrafricains, avec des droits et des devoirs différenciés, certains ayant vocation à diriger l’État et à commander aux autres qui sont condamnés à obéir.

2.2.2. Les politiques d’exclusion et de marginalisation des Centrafricains

Les éléments qui précèdent ont aussi pour effet l’exclusion et la marginalisation de larges groupes de Centrafricains, en ce compris tous ceux qui ne peuvent pas faire la preuve de leur “centrafricanité d’origine”. Ils ne peuvent pas voter, ni être éligibles, ni prétendre aux hautes fonctions civiles et militaires.

À cela s’ajoutent les exclusions et les marginalisations de fait, dûs : au maintien de centaines de milliers de Centrafricains dans l’état de personnes déplacées (400.000 personnes) ou de réfugiés (700.000 personnes) ; à l’accaparement des terres et de l’économie par les soutiens étrangers du régime de Bangui ; au chômage massif ; à l’absence de protection, y compris au travail ; etc.

2.2.3. La suppression de toute possibilité d’action citoyenne pacifique

Il y a impasse également parce que tous les moyens d’action politique ou citoyenne pacifique en RCA ont été supprimés les uns après les autres : répression de l’expression libre ; interdiction de toute manifestation sauf celles qui sont organisées par le régime ; suppression des médias libres et accès des médias existants interdits aux partis d’opposition et à la société civile non-inféodée au pouvoir.

Enfin, le droit octroyé aux citoyens par la Constitution de 2016 d’attaquer devant la Cour constitutionnelle les actes du Président de la République jugés contraires à la Loi fondamentale, droit dont l’exercice a permis en 2022 de faire annuler le dispositif mafieux de la cryptomonnaie et celui du changement de Constitution, a été purement et simplement supprimé en 2023. Cette abrogation fait suite d’ailleurs au refus du pouvoir d’exécuter les décisions de la Cour constitutionnelle dans les deux cas cités. Les citoyens centrafricains sont ainsi dorénavant totalement désarmés face à la dérive dictatoriale du régime et aux actes d’oppression et de dilapidation des richesses nationales qui en résultent.

2.2.4. Le refus de tout dialogue par le pouvoir

C’est depuis 2019 au moins que que les partis politiques d’opposition et les organisations de la société civile, dont des organisations aujourd’hui membres du Rassemblement Unitaire (Citoyens Debout et Solidaires, G-16 et CRT notamment) et le Rassemblement Unitaire lui-même n’ont cessé de lancer des appels au dialogue politique inclusif.

Ces appels visaient à mettre fin à la réduction de l’espace civique et politique, à la répression politique notamment par l’instrumentalisation de la justice, à la division des Centrafricains et à l’exclusion de pans entiers de la population, ainsi qu’au climat de crise généré par ces éléments. Ils invitaient ainsi à créer un climat apaisé nécessaire à l’organisation d’élections inclusives, transparentes et crédibles, ainsi qu’à un recentrage de la politique du pays sur les besoins vitaux de la population.

Ces appels répétés, dont les derniers étaient lancés par le Rassemblement Unitaire à la veille des élections de 2025, sont restés sans suite. Au dialogue réel, le pouvoir de Bangui a toujours préféré les proclamations creuses non suivies d’effet, et finalement la loi de la pure force.

Au total, toutes les voies et moyens pour sortir de l’impasse ont été méthodiquement fermés par le pouvoir de Bangui : le Centrafricain ne peut plus s’exprimer sur la politique de son pays sans s’exposer à la répression ou à la mort ; toutes les voies démocratiques d’action citoyenne ont été supprimées ; les réunions et manifestations sont interdites ; le dialogue avec les forces vives de la Nation est exclu par le pouvoir.

* Télécharger l’intégralité du document en Français 

Télécharger l’intégralité du document en Anglais

Pour les personnes qui ne peuvent accéder au document en format PDF, vous pouvez accéder à la suite du texte en cliquant ici.